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Espagne : l’écho du silence (5/5)

L'Heure du Monde

July 24, 2026

Episode 5 : « La mémoire retrouvée » Quatre-vingt-dix ans après le déclenchement de la guerre d’Espagne, avec la tentative de coup d’Etat des 17 et 18 juillet 1936, comment les fantômes du franquisme hantent-ils encore les familles ?
Speakers: Cécile Cazenave, Henrique Muñoz, Garance Muñoz, Juan Carlos, Sophie Babie, Emilio Silva
**Cécile Cazenave** (0:12)
Coucou papa, je ne te dérange pas ?

**Henrique Muñoz** (0:14)
Non, non, vas-y.

**Garance Muñoz** (0:16)
Je crois, je ne suis pas sûre à 100 %, mais que j'ai trouvé une possible fausse commune où ton grand-père pourrait être enterrée.
Je me suis dit que j'allais aller à l'étranger, j'avais déjà toutes les informations nécessaires pour trouver cette fausse. Mais jusqu'à présent, je ne savais pas comment les exploiter. Et puis, au fil de mes recherches, je suis tombée sur une carte interactive du gouvernement espagnol. Depuis 2011, les autorités recensent progressivement toutes les fausses communes du pays et les cartographies. Pour chaque fausse commune, il y a un petit paragraphe explicatif. Alors une à une, j'ai cliqué sur toutes les fausses communes à l'entour de l'endroit où mon arrière-grand-père est mort, jusqu'à ce que je tombe sur une fausse qui corresponde. Et en fait, il y a une fausse, ou bon je te lis la traduction qui n'est pas très bonne, mais possible lieu d'enterrement de soldats morts comme à conséquence, donc en conséquence des offensives républicaines sur la tête de paix de Balaguer, entre avril et mai 1938 Le 22 mai, les forces républicaines de la 72e division, donc sa division, occupent cette position. Les combats dans cette zone ont été d'une violence extrême et ont terminé avec la perte de la position, mais pas sans avoir causé un nombre très élevé de pertes de soldats républicains. Il ne détaille pas le nombre de pertes concrets, mais entre ce sommet et une situale ouest, 500 morts ont été comptabilisés.
Et donc on a un nombre de morts importants à la date qui correspond avec sa division à lui, à l'endroit où on dit qu'il est mort. Donc, c'est assez concordant quoi.

**Henrique Muñoz** (1:53)
Oui, oui, c'est assez ressemblable.

**Juan Carlos** (1:56)
Et toi, tu voudrais y aller ou ?

**Garance Muñoz** (1:58)
Ben oui.

**Henrique Muñoz** (1:59)
Moi, je préférerais y aller avec toi.

**Garance Muñoz** (2:05)
Après toutes ces années, je n'ai aucun espoir évidemment de récupérer des ossements identifiables. Et il n'y a sans doute pas grand-chose à voir. Mais après tant de recherches, on touche enfin au but. J'ai le sentiment que retrouver la fosse commune de mon arrière-grand-père pourrait être une manière de réparer la mémoire de notre famille. Alors on décide d'y aller, mon père et moi, ensemble.
J'ai enquêté sur la mort de mon arrière-grand-père républicain espagnol et la mémoire des victimes de la dictature franquiste. Je m'appelle Garance Muñoz et vous écoutez Espagne, l'écho du silence, une série historique et intime réalisée par Amandine Robillard. Episode 5, la mémoire retrouvée.
Après la mort de Franco, en 1975, l'Espagne entre dans la période que les historiens appellent la transition démocratique. C'est-à-dire que progressivement, sans révolution, presque sans heure, le pays devient une démocratie. Pas de révolution, ça veut aussi dire qu'il n'y a pas de remise en question officielle de la dictature. Franco avait eu le temps de préparer sa suite. Il avait confié son pouvoir à Juan Carlos, qui est proclamé roi d'Espagne.

**Juan Carlos** (3:56)
Nous annonçons à la nation espagnole que Don Juan Carlos de Bourbon et Bourbon est proclamé roi d'Espagne et qu'il regnera sous le nom de Juan Carlos Ier, avec le souvenir ému de Franco. Vive le roi, vive l'Espagne.

**Garance Muñoz** (4:26)
Les partis issus du camp républicain profitent de ce changement pour faire pression et obtenir leur légalisation. En 1977 ont lieu les premières élections libres. Et quelques mois plus tard, une loi d'amnistie est promulguée. Et cette loi va être très importante dans toute l'histoire qui suit, celle de l'Espagne contemporaine.
C'est ce que m'a expliqué l'historienne Sophie Babie, qui a publié aux éditions La Découverte l'ouvrage Juge Franco.

**Sophie Babie** (4:54)
La première loi qui est adoptée à ce moment-là à la quasi-unanimité et qui a une portée symbolique gigantère, c'est une loi d'amnistie, qui en fait celle symboliquement la fin de la guerre civile et la fin de la dictature, donc celle symboliquement la réconciliation des Espagnols.

**Garance Muñoz** (5:11)
Les républicains sont réintégrés dans leurs droits, les prisonniers politiques sont libérés, on accorde des pensions aux invalides, aux veuves et aux orphelins. Mais est-ce que c'est suffisant pour le camp républicain ?

**Sophie Babie** (5:21)
Cette loi d'amnistie, on en parle beaucoup aujourd'hui, si on parle du présent, parce qu'elle est décriée comme étant une loi d'impunité, donc une loi qui a garanti l'oubli du passé, et pire encore, l'impunité des criminels franquis, des criminels de la dictature.
Pourquoi ? Parce que c'est une loi d'amnistie à double sens, réciproque, mutuelle, c'est-à-dire une loi qui amnistie autant les prisonniers politiques, ce qui était l'objectif n°1 de cette loi, que les agents de la dictature qui potentiellement pourraient être poursuivis à l'avenir pour avoir violé les libertés et droits fondamentaux dans la poursuite de l'opposition anti-franquiste.

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