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Espagne : l'écho du silence (3/5)

L'Heure du Monde

July 22, 2026

Episode 3 : « L’exil sans retour » Quatre-vingt-dix ans après le déclenchement de la guerre d’Espagne, avec la tentative de coup d’Etat des 17 et 18 juillet 1936, comment les fantômes du franquisme hantent-ils encore les familles ?
Speakers: Garance Muñoz, Amandine Robillard, Olga Arcos, Cindy Crespo, François Lemartinelle, Josefa de Bedoya Rodríguez
**Garance Muñoz** (0:09)
Au moment où mon arrière-grand-père meurt, en 1938, la route de Franco vers la victoire se dessine.
À la fin de l'année, des centaines de milliers de soldats républicains, mais aussi et surtout de civils, se dirigent vers la frontière française. Ils espèrent trouver refuge en France, mais c'est une nouvelle épreuve qui les attend.

**SPEAKER_2** (0:31)
Des fils de fer barbelés dressés pour laisser mourir de faim, de froid, de maladie, frappés, humiliés. Tiens, saloperie de spaniel de merde !

**Garance Muñoz** (0:44)
Des régiments entiers, des hommes blessés, des femmes, des enfants, des vieillards, fuient à pied les bombardements et les troupes de Franco qui avancent inexorablement vers le nord. De village en village, ils finissent par atteindre les Pyrénées. Là, dans le froid, ils restent bloqués à la frontière.
Les jours passent. Le 27 janvier 1939, les femmes et les enfants sont autorisés à entrer en France. Le 30 janvier, c'est au tour des soldats blessés. Le 5 février, tout ce qu'il reste de l'armée républicaine défaite.

**SPEAKER_3** (1:17)
Une seule phrase résume cet exode.

**SPEAKER_4** (1:19)
Et sortez de l'enfer pour entrer dans le nord.

**Garance Muñoz** (1:22)
En quelques jours, une immense foule de réfugiés entre en France. Cet exode, c'est ce qu'on a appelé la Retirada.

**SPEAKER_5** (1:29)
Dans les cas, nous avons eu peur, nous avons eu froid et nous avons eu faim.

**SPEAKER_6** (1:35)
Ils faisaient un trou dans le sable et ils se mettaient à couverture par dessus, comme ils pouvaient.

**SPEAKER_3** (1:41)
Et comme bien, et comme bien, on en a trouvé de mort.

**Garance Muñoz** (1:45)
J'avais déjà entendu parler de cet exil. Mais j'ignorais à quel point il avait été massif. Un demi-million de réfugiés débarquent en quelques semaines. C'est énorme.
Une bonne partie d'entre eux s'installeront pour de bon. Alors si vous connaissez des personnes d'origine espagnole en France, il y a de grandes chances pour que leur famille soit passée par là. Moi, ce n'est pas le cas. Toute ma famille est restée en Espagne, malgré la dictature. Mais je n'ai pas dû chercher bien loin pour trouver une personne concernée.
Salut, bienvenue dans le studio. Merci. C'est quand même assez fou. Ça fait quatre ans qu'on travaille ensemble. Et en fait, on n'avait jamais parlé du fait qu'on était toutes les deux d'origine espagnole. On n'en avait jamais discuté. Et en fait, c'est quand j'ai commencé à travailler sur ce sujet que tu m'as dit que, en fait, toi aussi. Il s'agit de ma collègue Amandine, que vous aussi vous connaissez. Oui, oui, Amandine Robillard, celle qui réalise la majorité des épisodes de L'Heure du Monde, qui en a composé le générique et qui réalise, évidemment, cette série.
Quand je lui ai parlé de mon projet, elle a été tout de suite emballée. Parce que comme moi, elle partage le même sentiment, celui d'une mémoire enfouie qui nous manque. Est-ce que tu peux nous re-raconter l'histoire de ta famille ?

**Amandine Robillard** (3:04)
La famille de ma grand-mère a fui l'Espagne en 1938, donc ils venaient du sud de l'Espagne. Ils ont traversé la frontière début 1939, et toute la famille est passée par les camps. Sauf qu'arrivée en France, les femmes ont été séparées des hommes.
On ne sait pas où sont allées les femmes, on suppose qu'elles sont allées dans le massif central. Et les hommes de la famille se sont retrouvés au camp d'Argelès, dans le sud de la France.

**Garance Muñoz** (3:30)
Et ça, ce que tu me racontes, c'est des choses dont vous parliez en famille ?

**Amandine Robillard** (3:32)
Non, on n'en parlait pas beaucoup en famille. Là, c'est vraiment à l'occasion de cette série que je me suis vraiment penchée sur le sujet avec ma grand-mère. On a fait beaucoup de recherches ensemble.
Et c'est là qu'elle m'a dit que son oncle avait écrit ses souvenirs dans un carnet en espagnol. Et c'est finalement le seul héritage qu'on a de cette mémoire de l'exil dans la famille.

**SPEAKER_6** (3:57)
Le recul des trois ou quatre jours que nous passions à la frontière.

**SPEAKER_4** (4:00)
Je me souviens des trois ou quatre jours que nous avons passés à la frontière.
Imaginez ce que ça doit être. Des centaines et des centaines de personnes qui atteignent l'ouverture de la frontière. Tout aligné le long de la route.

**SPEAKER_6** (4:17)
Franco nous bombardea trois ou quatre fois.

**SPEAKER_4** (4:19)
Pendant ce temps, Franco nous a bombardé à trois ou quatre reprises. Pour empirer les choses, les derniers jours que nous avons passés à la frontière furent un véritable déluge.
Je me souviens de cette pluie qui n'a pas cessé un instant tombant avec une telle force que nous aurions dit six mois d'averse en quelques jours. Il n'y avait aucun abri, rien pour se protéger de jour comme de nuit.

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