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Espagne : l’écho du silence (2/5)

L'Heure du Monde

July 21, 2026

Episode 2 : « La République vaincue » Quatre-vingt-dix ans après le déclenchement de la guerre d’Espagne, avec la tentative de coup d’Etat des 17 et 18 juillet 1936, comment les fantômes du franquisme hantent-ils encore les familles ?
Speakers: Garance Muñoz, François Gaudichaud, Joseph Calvet Belera, Paul Galito
**Garance Muñoz** (0:07)
Je viens de recevoir un message sur mon téléphone. C'est juste une photo, sans texte. Je clique dessus pour l'agrandir, et j'en ai le souffle coupé. Le papier est un peu jauni, avec quelques déchirures. Il a été recollé au scotch, et l'encre bleue de l'écriture à la plume est toute délavée.
C'est mon père qui vient de m'envoyer ce document, la page d'un registre civil espagnol. Mais pas n'importe quelle page, c'est la pièce manquante de mon enquête. Je l'appelle aussitôt.
— Coucou, c'est ouf ! Je viens de voir ce que tu m'avais envoyé.

**SPEAKER_3** (0:44)
— Pas mal, hein ?

**Garance Muñoz** (0:45)
— Mais qui t'a envoyé ça ?

**SPEAKER_4** (0:46)
— Pep. Il avait dû garder des documents de son père.

**Garance Muñoz** (0:49)
— Pep, c'est un cousin de mon père. Le document qu'il lui a transmis, c'est le vieil acte de mariage de ses propres parents. Comme dans tous les registres civils, le nom des parents des mariés est aussi indiqué. Et donc là, sous mes yeux, se détachent en jolies lettres manuscrites, tout en courbe et en boucle, le nom que je cherche depuis des mois, celui de mon arrière-grand-père.
José Molina López. — Ah mais c'est trop bien, bon, bah du coup, c'est bon, je peux faire la demande à l'association pour retrouver les disparus, là ?

**François Gaudichaud** (1:22)
— Bah oui, bien sûr, ouais.

**Garance Muñoz** (1:24)
— Parce que j'ai tout. C'est trop bien, on avance.

**SPEAKER_4** (1:26)
— Ah bah ouais, ouais, c'est bien, ouais.

**Garance Muñoz** (1:28)
— Derrière ce petit air un peu détaché, en fait, j'en tremble presque. Avec son nom complet, je vais enfin pouvoir avancer. Demandez correctement aux archives, aux associations de mémoire s'il existe quelque part des informations sur mon arrière-grand-père.
Je prends mon ordinateur. Je me rends sur le site de l'Association pour la récupération de la mémoire historique. Je clique sur l'onglet Réclamas un desaparecido pour réclamer un disparu. José Molina López, avec un accent sur le pot. J'entre tous les détails que je connais. J'envoie des mails aux archives nationales, mais aussi régionales, comme celle de Catalogne, la région où se sont déroulés les derniers combats de mon arrière-grand-père. Quelques semaines plus tard, je reçois un coup de téléphone.
Exactement. C'est Joseph Calvet Belera. Il travaille au Mémorial démocratique de Catalogne et il a reçu ma demande.

**Joseph Calvet Belera** (2:41)
Notre maître de l'honneur est mort. Il y a une référence à votre grand-père, José Molina López, et elle est mort pour l'action derrière à Balaguer.

**Garance Muñoz** (3:00)
Mon arrière-grand-père, José Molina López, soldat de la 72e division de l'armée républicaine, est mort à Balaguer, dans la province de Lérida, le 24 mai 1938 Donc c'est bien l'année que mon père m'avait dite. Mais il ne connaissait pas la date exacte. Et Balaguer, Lérida, moi je ne sais pas vraiment où c'est. Et en fait, c'est plus à l'est que ce que je pensais. Mon père m'avait dit qu'il était mort pendant la bataille de l'Ebre. Et donc en effet, c'est à côté de l'Ebre. L'Ebre, c'est un fleuve qui traverse toute la Catalogne avant de se jeter dans la Méditerranée. Et ce que les historiens appellent bataille de l'Ebre, c'est l'une des plus importantes de la guerre d'Espagne. La dernière grande offensive des Républicains qui se brisa face à l'armée franquiste et qui signa le début de leur défaite. Mon arrière-grand-père a donc vécu cette bataille, probablement sans savoir quelle était décisive. Je me demande ce qu'il a ressenti. Est-ce qu'il a souffert ? Est-ce qu'il a eu peur ? Et à quoi ressemblait le genre de combat où il a perdu la vie ?
J'ai enquêté sur la mort de mon arrière-grand-père républicain espagnol et la mémoire des victimes de la dictature franquiste. Je m'appelle Garance Muñoz et vous écoutez Espagne, l'écho du silence, une série historique et intime réalisée par Amandine Robillard. Deuxième épisode, La République vaincue.
Aï Carmela, c'est une chanson que mes parents mettaient tout le temps en voiture et qu'on aimait beaucoup avec ma sœur. Je me souviens petite de chanter avec elle à l'arrière. Boumbalaboumbalaboumbam. À l'époque, je ne le savais pas, mais c'est l'une des chansons les plus célèbres des soldats républicains. Ce qui pour moi était une chanson rigolote, enfantine, est en fait un chant de bataille qui parle de lutte contre les fascistes. Maintenant, en l'écoutant, j'imagine mon arrière-grand-père la chanter avec ses camarades sur le front.
Quand le coup d'Etat survient, les 17 et 18 juillet 1936, l'Espagne se divise en deux camps. Ceux qui résistent, c'est-à-dire une partie des classes populaires, des intellectuels de gauche ou comme mon arrière-grand-père, des membres des syndicats ouvriers. Et ceux qui soutiennent les poutchistes, donc une bonne partie de l'armée, du patronat et de l'église. Et à leur tête, une figure émerge rapidement, Francisco Franco.

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