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Dissuasion nucléaire : la France opère-t-elle un changement de doctrine ? [REDIFF]

L'Heure du Monde

August 3, 2026

Les images de la visite d’Emmanuel Macron sur la base navale de l’île Longue, lundi 2 mars, ont été abondamment partagées et commentées sur les réseaux sociaux. Il faut dire que les lieux sont particulièrement photogéniques.
Speakers: Sophie Larmoyer, Chloé Hoorman, Elise Vincent
**Sophie Larmoyer** (0:03)
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Sophie Larmoyer et il est l'Heure du Monde.

**SPEAKER_2** (0:18)
Aujourd'hui, le demi-siècle qui vient sera un âge d'armes nucléaires.

**Sophie Larmoyer** (0:24)
Le discours d'Emmanuel Macron sur la base de l'île Longue à Brest, le 2 mars dernier, fait déjà date. Dans un contexte de montée des tensions au Moyen-Orient et de menaces russes récurrentes, le chef de l'État a clairement tendu la main à l'Europe pour proposer ce qu'il a appelé une dissuasion nucléaire avancée avec sept partenaires sur le continent. Mais qu'est-ce que ça veut dire exactement ? La France, un des deux seuls pays européens à détenir l'arme nucléaire, va-t-elle partager la bombe avec ses partenaires européens ? Emmanuel Macron marque-t-il un tournant dans la doctrine française ? Et c'est quoi, au juste, la dissuasion nucléaire ? Toutes ces questions, nous les posons à deux journalistes du monde spécialiste du sujet, Elise Vincent et Chloé Hoorman. Dissuasion nucléaire, la France opère-t-elle un changement de doctrine ? Un épisode d'Adélaïte Enaglia, réalisation Amandine Robillard.
Pour le spectateur non averti, la mise en scène évoque forcément un blockbuster hollywoodien, façon Top Gun. Le lundi de mars 2026, un Falcon X-7, l'avion présidentiel français, vole vers le Finistère. Il est escorté par quatre avions de combat rafale. L'image, spectaculaire, de cette escadrille survolant la baie du Mont-Saint-Michel, a été abondamment partagée et commentée sur les réseaux sociaux.
Une stratégie de communication bien huilée, pour attirer l'attention sur l'importance du message que le Président s'apprête à délivrer.

**SPEAKER_2** (1:56)
Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités.

**Sophie Larmoyer** (1:59)
Ce jour-là, sur la base de l'île Longue, à Brest, Emmanuel Macron prononce un discours guerrier.

**SPEAKER_2** (2:05)
Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun Etat, si puissant soit-il, ne pourrait s'y soustraire.

**Sophie Larmoyer** (2:11)
Un discours au cours duquel il réaffirme la puissance nucléaire de la France.

**SPEAKER_2** (2:16)
Aucun, si vaste soit-il, ne s'en remettrait.
Un seul de nos sous-marins, tel que celui derrière moi, emporte avec lui une puissance de frappe qui équivaut à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est près de mille fois la puissance des premières bombes nucléaires.

**Sophie Larmoyer** (2:40)
Là encore, le décor n'a rien d'anodin. Ce discours, Emmanuel Macron le prononce devant Le Téméraire, l'un des quatre sous-marins nucléaires français, sorte de monstre naval, lui-même surplombé d'un drapeau français tout aussi démesuré.
Cette visite du chef de l'État a été prévue de longue date. Mais, hasard du calendrier, elle intervient 48 heures après l'opération militaire des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, qui a plongé tout le Moyen-Orient dans la guerre. Alors que signifie cette démonstration de force du président français ?
Bonjour Elise, bonjour Chloé, bonjour Sophie, bonjour Sophie. Alors on vient de raconter le décorum en quelque sorte du discours d'Emmanuel Macron à l'île Longue. Et on va revenir avec vous sur le fond. Mais d'abord pour partir sur de bonnes bases, c'est quoi la dissuasion nucléaire Chloé ?

**Chloé Hoorman** (3:34)
La dissuasion nucléaire, c'est éviter la guerre avant qu'elle ne commence.
En fait, la France a une certaine définition de ses intérêts vitaux. Et si jamais ses intérêts vitaux sont menacés ou attaqués, l'idée c'est de brandir cette arme nucléaire. Ça permet de faire peur à l'ennemi, de lui dire surtout n'y allez pas ou n'allez surtout pas plus loin. Sinon, ça sera l'apocalypse pour vous.

**Sophie Larmoyer** (3:59)
Elise, je me tourne vers toi. Est-ce que tu peux nous dire quelle est la particularité de la doctrine française, de la grammaire française par rapport à celle d'autres grandes puissances nucléaires ?

**Elise Vincent** (4:10)
Effectivement, la doctrine française, comme toutes les doutrines, repose surtout sur des mots, puisque l'essentiel des éléments sont classifiés dans ce domaine. Et la France, sa doctrine tourne autour principalement d'un concept dit d'ultime avertissement. C'est-à-dire l'idée que si on doit se servir de l'arme nucléaire, en dernier recours, cette frappe sera unique et limitée pour rétablir la dissuasion avant l'irréparable.
Et si jamais il y a cet ultime avertissement mis en oeuvre, les dommages seront inacceptables pour l'adversaire. C'est les mots précis qui encadrent la doctrine française. Mais d'autres pays n'ont pas exactement les mêmes termes pour définir, en tout cas pour prévenir leurs adversaires, des conditions dans lesquelles ils pourraient utiliser l'arme nucléaire. Par exemple, les États-Unis, eux, parlent plutôt de riposte gradué. L'idée, c'est qu'ils ne s'interdisent pas l'emploi de l'arme nucléaire, même de plusieurs armes, éventuellement sur la durée. Et sous-entendu, ils pourraient utiliser des armes nucléaires tactiques, donc de moindre puissance que certaines bombes que d'autres pays pourraient avoir en leur possession.
Et on a aussi, par exemple, la Chine. Elle, elle dit très clairement qu'ils n'utiliseront pas l'arme nucléaire en premier. Et ils ne l'utiliseraient pas contre des États qui ne sont pas dotés de l'arme nucléaire. Alors, un certain nombre de pays, en réalité, considèrent que l'arme nucléaire est une arme, peut-être, de non-emploi, comme on dit, qu'elle ne doit jamais être utilisée, mais en même temps, entretiennent l'ambiguïté sur le fait de s'il y aurait recours ou non. Et les États-Unis, jusqu'à très récemment, faisaient partie des pays qui disaient très clairement que l'arme nucléaire ne pourrait pas être employée en premier, mais ont commencé à revenir à plus d'ambiguïté sous le mandat de Joe Biden.

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