Topics: History, Society & Culture
**Benjamin Brillaud** (0:02)
Mes chers camarades, bien le bonjour !
J'ai déjà été amené à parler de colonialisme plusieurs fois en entretien ou dans des épisodes plus classiques. Mais il y a un de ces aspects que je n'avais pas encore eu l'occasion d'aborder en détail, le colonialisme vert. Alors qu'est-ce que c'est ? Au 19ème siècle, les colons européens avaient plein d'idées reçues sur la nature africaine, et ils ont officiellement tenté de la protéger au dépend des habitants locaux et de la nature elle-même. Le truc, c'est que tout ça a persisté bien après l'indépendance des états africains. Alors, de quoi je parle exactement ? Et comment ça s'est fait ? Et bien pour en savoir plus, j'ai eu le plaisir de recevoir dans un nouvel entretien historique Guillaume Blanc, un historien spécialiste justement du sujet. Alors je vous souhaite une bonne écoute sur Nota Bene.
Bonjour Guillaume.
**Guillaume Blanc** (0:58)
Bonjour Benjamin.
**Benjamin Brillaud** (0:59)
Comment ça va ?
**Guillaume Blanc** (1:00)
Eh ben ça va très bien. Ravie d'être avec vous toutes et tous. Merci de l'invitation.
**Benjamin Brillaud** (1:05)
Écoute, je suis ravi aussi de te recevoir pour ce sujet que, honnêtement, je ne connaissais pas vraiment et qui pose tout plein de questions très, très intéressantes sur notre perception de l'histoire et sur un colonialisme qui, parfois, peut-être, malgré nous, avec plein de guillemets, persiste encore.
**Guillaume Blanc** (1:22)
Oui, tout à fait. C'est une réalité qui nous perturbe, qui nous choque, mais qui est malheureusement un quotidien pour beaucoup de paysans africains et africains.
**Benjamin Brillaud** (1:34)
Comment est-ce que tu en es arrivé aujourd'hui à travailler sur le colonialisme vert ?
**Guillaume Blanc** (1:39)
Par hasard, en fait, j'ai fait des études d'histoire à l'université. Bon, j'avais un prof incroyable, Bertrand Hirsch, en licence, donc il nous faisait cours sur l'histoire de l'Afrique et notamment de l'Éthiopie médiévale. Bon, je me suis passionné d'abord pour l'histoire de l'Afrique, mais il se trouve que je voulais faire aussi, j'hésitais, et je voulais faire guide de randonnée. Soit je viens des Cévennes, j'ai grandi en randonnant dans les Cévennes. Bon, mon sens de l'orientation est tel qu'au final j'ai abandonné l'idée d'être guide de randonnée, et j'ai fait d'abord une maîtrise, puis un master 2 sur les parcs nationaux français, et puis après sur les parcs nationaux en érythrée.
Et en fait, j'ai découvert que dans les parcs nationaux français, comme les Cévennes, que l'État et l'UNESCO payaient pour que les bergers fassent la transhumance à pied et pas en camion, que l'État faisait en sorte aussi que les bergers restent vivent sur place en leur louant des champs à un franc symbolique dans les années 80, s'ils acceptaient d'accueillir des touristes, etc. Bon, en gros, les parcs français servaient de lieu de mémoire pour montrer voilà, ici la campagne française, elle dure, elle résiste au temps qui passe. Et inversement, en Érythrée puis en Éthiopie, j'ai découvert qu'ici l'État, sur les conseils de l'UNESCO, expulsait les agriculteurs et les bergers. Alors je me suis dit mais pourquoi il y a ce deux poids, deux mesures ?
En Europe, l'homme façonne la nature et en Afrique, l'homme détruit la nature. Et donc voilà, j'ai d'abord fait ma thèse sur des parcs, sur une histoire comparée de trois parcs au Canada, en France, en Éthiopie. Et puis après 2013, je me suis focalisé sur l'Éthiopie, sur l'Afrique de l'Est, sur justement ce sujet, voilà, du colonialisme écologique et puis de ses suites jusqu'à nos jours. Donc ça a été du hasard de l'intérêt personnel et voilà.
**Benjamin Brillaud** (3:40)
Colonialisme vert, colonialisme écologique. Je pense qu'il y en a plein dans le chat là qui nous suivent en direct et qui se disent c'est quoi en fait ? Est-ce que tu pourrais nous définir un peu le truc parce que tout de suite, c'est vrai que c'est pas des mots qu'on a tendance à associer.
**Guillaume Blanc** (3:53)
Non, effectivement, en fait, si on donne une définition vraiment très simple, le colonialisme vert, c'est une action globale menée par des institutions internationales comme l'UNESCO, comme l'UICN, l'Union internationale pour la conservation de la nature, c'est la plus grande ONG au monde là-dessus, par le WWF, le World Wildlife Fund, le panda qu'on connaît tous. Et donc, ces institutions mènent une action qui consiste à naturaliser l'Afrique par la force. C'est-à-dire que, plutôt que de résoudre la crise écologique, comme elle le font en Europe en soutenant les agriculteurs et les bergers, en Afrique, ces institutions essayent de déshumaniser la nature. Et très concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'au XXe siècle jusqu'à aujourd'hui, sur 350 parcs nationaux en Afrique, on a près de 15 millions d'agriculteurs et de bergers qui ont été expulsés.
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